TMRT, épisode 1 (script en V.F)
NARRATEUR: Bienvenue au Théâtre Radiophonique de Tex Murphy! Quand nous avons quitté notre héro, lui et la femme de ses rêves Chelsee ont eu, enfin!, leur premier vrai rendez-vous. En quittant le restaurant, Chelsee se décida enfin à utiliser sa bouche autrement que pour l'insulter. Mais le baiser fut brutalement interrompu quand Tex s'aperçut, à sa grande horreur, qu'on lui avait volé son speeder. À ce moment précis, un mystérieux individu à l'accent australien apparut et leur offrit la ballade. Malgré les protestations de Tex, Chelsee accepta. Pour une fois, Tex avait raison! Volant au-dessus de la cité, l'individu sortit une arme, tira sur Chelsee, se retourna et tira sur Tex.
Et maintenant... alors que notre histoire se poursuit...
C'est une nuit noire et le brouillard se déploit de l'Océan Pacifique, une énorme structure tombant en ruine surplombe un profond ravin. À la façon d'un phare fantômatique, un carré unique de faible lumière s'échappe d'une fenêtre à l'étage supérieure de ce vieux manoir. Dans la chambre, une ampoule nue brûle et projette de violentes ombres sur la peinture craquante et fendue des murs alors que l'occupant de cette chambre se contorsionne et crie au désespoir en tentant en vain d'échapper à sa torture subconsciente. Et maintenant... Épisode 1: L'homme nu et le lit.
[Sons de la Première Guerre Mondiale: biplans, bombes, etc. - Une JEUNE FRANÇAISE parle avec un accent:]
JF: Vous devez rester immobile, capitaine Donnelly. Votre avion s'est... comment dites-vous?... crashé.
TEX MURPHY: Je m'appelle Murphy.
JF: Vous êtes gravement blessé, Monsieur. Ne bougez pas pendant que je vous lave.
[Sons: éclaboussement, lavage]
TM: Mmmmm... Ooohhh...
JF: Ouh là là! Cela vous plaît, mon capitaine?
TM: Oh ouais! Ça fait vraiment du bien!
[EFFET SONORE FONDU: La voix de la jeune française se transforme lentement en une voix masculine enroué.]
JF/HOMME ENROUÉ: Maintenant je sais pourquoi ils vous appellent "doughboys". [changement] Tu ne t'entraînes pas beaucoup, hein?
TM (VOIX OFF): C'était le pire genre de cauchemard. Le genre où vous croyez réussir à tirer le gros lot avec une jeune beauté française et soudain vous vous réveillez aux côtés d'un pervert maniant l'éponge et empestant le pastrami. [pause] Il a dû sentir mon malaise.
HE: Ok. Le bain est fini. On retourne au dodo, maintenant.
[Sons: éclaboussement, pas qui s'éloignent, porte qui se referme.]
TM(VO): Je me sentais comme si j'avais rêvé pendant des années. La moitié du temps, c'était comme un collage d'images: Aiguilles... horloges... un téléphone à cadran à l'ancienne mode... un cadavre sur un bâteau... une fille qui hurle... des oeufs couverts de diamants et de pierres précieuses. J'entends des dizaines de voix. L'une d'elles est douce et faible. Elle me dit où je dois aller. Et il y a d'autres voix que je n'arrive même pas à comprendre. Le reste du temps, je suis dans une vielle maison... il y a des courants d'air... et ça sent le moisi. J'entends les cafards trotter sur le plancher. C'est comme chez moi, sauf que le lit est beaucoup plus comfortable. Tellement comfortable, en fait, que je n'arrive même plus à bouger.
Malheureusement, je ne rêvais plus et je n'arrivais pas à bouger d'avantage mes bras ou mes jambes. Je ne voyais rien non plus. Et, à en juger par le courant d'air frisquet sur mes parties, j'avais le sentiment que les menottes et le bandeau sur les yeux étaient tout ce que je portais. [Menottes s'entrechoquant, lit couinant] J'essayais de me libérer mais en vain. Quelqu'un m'avait mis très exactement dans la position qu'il voulait. J'ignorais qui et pourquoi mais ma récente toilette à l'éponge m'a laissé un désagréable sentiment de saleté et de viol. Quelqu'un allait payer pour ça! [Voix de HE et de l'AUSTRALIEN s'approchent] Juste à ce moment-là, j'entendit des voix et décida de prétendre avoir suivi les ordres et m'être rendormi.
[L'homme enroué parle à l'australien en entrant dans la chambre.]
HE: Les sédatifs commencent à perdre de leur effet.
A: Doublez la dose. Nous n'en avons pas encore terminé avec lui.
HE: J'ai déjà doublé la dose.
A: Alors, triplez-la! Est-ce que le taxi est en route?
HE: Il devrait arriver d'une minute à l'autre. [pause] Si je triple le dosage, il aura du mal à canaliser... à moins que vous pouvez les canaliser quand ils sont morts.
[Les voix sont tout près maintenant]
A: Il a dû développer une immunité aux substances toxiques. Regarde-le.
HE: On en a encore pour combien de temps à le garder? J'ai entendu dire qu'ils en avaient terminé avec la fille.
A: C'est bien ce que je compte découvrir... si le taxi peut finir par arriver. [pause] Vous êtes certain qu'il reprennait conscience? Il m'a l'air adéquatement endormi.
HE: Il va et vient. Il a rêvé aux régressions.
A: Donnez-lui une autre injection. On ne veut surtout pas qu'il soit conscient.
HE: J'envoie l'infirmière.
[Pas qui s'éloignent. Porte qui se referme]
TM(VO): Peu importe ce dont ils parlaient, je n'aimais vraiment pas ça. Et le bandeau et les menottes - sans mentionner la nudité - commençaient vraiment à m'inquiéter. J'essayai de replonger dans mes souvenirs, découvrir comment j'avais abouti ici, Dieu seul sait où. Le dernier souvenir qui me revenait était le moment où je suis sorti du Golden Pagoda en compagnie de Chelsee, la véritable femme de mes rêves. Peut-être étais-je encore en train d'halluciner mais il me semble me rappeler avoir été distrait juste au moment où nous nous étions mis à nous embrasser.
[Sons: Rues, voix en écho flashback]
TM: C'est pas vrai!
CHELSEE BANDO: Quoi?! C'est moi?! C'est mon halène?!
TM: Ça n'a absolument rien à voir avec toi!
CB: Je savais que j'aurais dû me tenir loin de la sauce à l'ail...
TM: Regarde! Mon speeder! Quelqu'un a volé mon auto!
CB: Oh...
[Retour au présent]
TM(VO): Après ça, le reste s'embrouille...
A(Écho): Les choses pourraient être plus pires. [Répéter et Fondu au silence]
TM(VO): Je me suis déjà retrouvé dans ce genre de situations auparavant - et celle-ci me semblait (???doozy???) - mais, pour une raison que j'ignore, la seule pensée qui me venait à l'esprit était un bon bol de chili d'agneau épicé de Louie et une bonne tasse de son mélange spécial Armageddon. J'entendis mon estomac protester, aussitôt étouffé par un bruit de pas s'approchant.
[Léger pas, la porte s'ouvre, les pas s'approchent, une FEMME parle]
FEMME: M. Murphy, m'entendez-vous? [longue pause] Je vous en supplie, M. Murphy, êtes-vous éveillé?
TM: Peut-être.
F: Dieu soit loué!
TM: Qui êtes-vous?
F: Je suis une amie... contrairement aux autres.
TM: Où est-ce que je suis?
F: Dans un endroit très dangereux. Je vais vous aider à fuir.
TM: Est-ce que je suis nu?
F: Complètement.
TM: Je m'en doutais. Vous savez, c'est tellement frisquet ici -
F: Je vais vous libérer de vos menottes. [Sons: déverrouillement de menottes] Mais vous devez me promettre de rester immobile jusqu'au moment opportun. S'ils s'apperçoivent que je vous ai aidé à vous enfuir, ils vont me tuer!
TM: Littéralement? Ou au sens figuré?
F: Je n'ai pas le temps de vous expliquer! Vous devez faire semblant que je vous ai injecté le sédatif. Après qu'ils aient vérifié, vous aurez le temps de vous enfuir. Souvenez-vous ceci: les White Russians (Russes Blancs) sont vos amis.
TM: Ok, je n'en doute pas mais habituellement je bois du bourbon.
F: Rappelez-vous, M. Murphy, je vous en supplie!
[Pas s'éloignant rapidement]
TM(VO): Je n'avais jamais été à ce point confus depuis les cours d'algèbre en dernier année du lycée. Je n'ai jamais été un bon élève, et j'étais encore pire quand venait le temps de suivre les instructions d'autres personnes, mais je pouvais jouer les morts comme personne, ce que je fis précisément à ce moment.
[Pas lourds. L'homme enroué parle:]
HE: Ahhh... Bébé fait dodo?...
TM(VO): M. Éponge se pencha et me chatouilla le dessous des pieds, sûrement pour vérifier si j'étais bel et bien inconscient. J'ai dû user de toute ma volonté pour ne pas me mettre a crier comme une jeune écolière! La dernière fois où j'ai eu à faire preuve d'autant de self-control c'est quand j'ai vu Chelsee en mini-jupe noire et bas fillets!
HE: Faites de beaux rêves, M. Murphy.
[Pas qui se retirent]
TM(VO): J'enlevai le bandeau et regardai autour de moi. Il n'y avais aucun doute: j'étais définitivement nu. Je mentais quand je disais qu'il faisait froid dans la chambre mais ça n'empêche pas que je n'avais aucune intention de me promener en costume d'Adam. Heureusement, l'ensemble que j'avais porté au Golden Pagoda était sur une chaise dans le coin de la chambre. Je me redressai et glissai mes jambes hors du lit. [Léger éclaboussement] Génial: le pot de chambre! [pause] En secouant mon pied, je me précipitai sur mes vêtements et les enfilai. [Bruits de vêtement et de zipper] Une ampoule nu éclairait la chambre mais dehors c'était l'obscurité totale. Je venais juste de me coiffer de mon fédora quand j'entendis quelqu'un s'approchant.
[Sons: Stores qui bougent, Tex qui grogne]
TM(VO): Avec des réflexes de félins, je sortis par la fenêtre et me perchai sur le rebord... tout juste à temps!
HOMME ENROUÉ: [Voix en arrière plan, criant] Hé! Il a disparu!
[Pas qui s'approchent]
TM(VO): Je m'accrochai solidement, prêt à la jouer Pele (VAL: peut-être mettre un joueur de foot français à la place s'il en existe un aussi légendaire que Pele - je n'y connais rien à ce sport) sur M. Éponge et le botter jusqu'à la prochaine semaine. [Bruit de stores] Je l'entendit se glisser par la fenêtre.
AUSTRALIEN: [arrière plan] Que se passe-t-il?
[Bruit: Tête qui se cogne contre le dessus de la fenêtre]
HE: Ouch! Saloperie!
A: Où est-il?
HE: Qu'est-ce que j'en sais! Ce n'est pas moi, le foutu voyant!
A: Il doit être dehors, sur le rebord de la fenêtre!
HE: Où est-ce que tu crois que je regardais, bon sang!
[Pas qui se précipitent, stores qui bougent]
A: Il n'est pas là! [Voix se retournant] Il est sûrement encore dans la maison! Appelle les autres! Trouvez-le!
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